Délai de paiement de l’État au Cameroun : le circuit
Par Noé Mbwang · Publié le · 6 min de lecture
Une facture adressée à l’État camerounais passe par quatre étapes tenues par des personnes différentes : engagement, liquidation, ordonnancement, paiement. Le délai ne dépend pas de vous, mais un dossier complet dès le premier dépôt et un suivi qui sait à quelle étape se trouve chaque facture évitent d’ajouter des semaines à une attente déjà longue.
Pour beaucoup de PME camerounaises, l’État, les collectivités et les entreprises publiques sont des clients importants. Ce sont aussi les clients qui paient le plus lentement. Ce guide décrit le circuit qu’emprunte une facture publique, ce que vous contrôlez à chaque étape, et comment organiser votre trésorerie autour de délais que vous ne maîtrisez pas.
Combien de temps l’État met-il à payer ?
Selon la direction de la Trésorerie du ministère des Finances, citée par Financial Afrik en février 2026, l’État camerounais a mis plus de 200 jours en 2025 à payer les factures de ses prestataires, contre 160 jours en 2024 et 120 jours en 2023. Le ministère explique ces délais par un décalage entre les engagements de dépense et les disponibilités de trésorerie, et note que les décaissements se concentrent en fin d’exercice.
Toujours selon la presse économique, l’État cumulait à fin mars 2026 plus de 520 milliards de FCFA d’impayés auprès de ses prestataires de biens et services.
Ces chiffres ont une conséquence directe pour les PME, même celles qui ne travaillent pas avec l’État : quand le plus gros client du pays paie aussi tard, toute la chaîne attend. Vos clients privés vous paient tard parce qu’on les paie tard.
Par quelles étapes passe une facture publique ?
Le régime financier de l’État, fixé par la loi n° 2018/012 du 11 juillet 2018, encadre l’exécution des dépenses publiques. Une dépense passe par quatre phases, tenues par des acteurs différents :
| Étape | Qui la tient | Ce qui se passe | Ce que vous faites |
|---|---|---|---|
| 1. Engagement | L’ordonnateur | L’administration réserve la dépense : marché ou bon de commande. | Gardez la commande signée et son numéro de référence. |
| 2. Liquidation | Le service bénéficiaire | On constate le service fait et on arrête le montant. | Fournissez un PV de réception signé et une facture conforme à la commande. |
| 3. Ordonnancement | L’ordonnateur | L’ordre de payer est émis. | Notez la date et l’interlocuteur, relancez par écrit. |
| 4. Paiement | Le comptable public | Le Trésor paie. | Vérifiez vos coordonnées bancaires au dossier et rapprochez le paiement le jour même. |
Retenez la séparation entre l’ordonnateur, qui décide de la dépense, et le comptable public, qui paie. Une facture « validée » par le service qui a reçu le travail n’est pas encore une facture payée : elle doit encore être ordonnancée, puis payée.
Que pouvez-vous contrôler ?
Vous ne changerez pas la trésorerie de l’État. Vous pouvez éviter que votre dossier ajoute des semaines à un délai déjà long. Un dossier incomplet repart en bas de la pile.
Le dossier complet, du premier coup :
- le marché ou le bon de commande, avec sa référence ;
- le bon de livraison ou le PV de réception signé ;
- une facture conforme à la commande, ligne par ligne ;
- toutes les pièces exigées par le marché, à jour ;
- des coordonnées bancaires identiques sur toutes les pièces ;
- une copie datée de chaque dépôt, avec cachet de réception.
Comment suivre une facture publique ?
Dans votre tableau de suivi des impayés, ajoutez une colonne « étape » pour chaque facture publique : engagement, liquidation, ordonnancement ou paiement. À chaque contact, notez la date, le nom de l’interlocuteur et ce qui a été dit. Confirmez par écrit le jour même.
Ce suivi a deux effets. Il vous permet de relancer la bonne personne, au bon niveau du circuit. Et il vous donne, à tout moment, une vision réaliste de la date d’encaissement, ce qui est indispensable pour piloter votre trésorerie. La balance âgée de vos créances doit isoler les clients publics : leur ancienneté n’a pas la même signification que celle d’un client privé.
Quelles erreurs font repartir un dossier en bas de la pile ?
Les mêmes erreurs reviennent souvent, et chacune peut coûter plusieurs semaines :
- Un montant différent entre la facture et le bon de commande, même de quelques francs.
- Des coordonnées bancaires qui changent d’une pièce à l’autre, ou un relevé d’identité bancaire ancien.
- Une pièce administrative expirée au moment du dépôt, quand le marché exige des documents à jour.
- Une facture adressée au mauvais service, ou déposée sans cachet de réception : impossible ensuite de prouver la date de dépôt.
- L’absence de PV de réception signé : sans constat du service fait, la liquidation ne peut pas avoir lieu.
Avant chaque dépôt, une liste de contrôle de cinq minutes évite ces allers-retours.
Comment relancer une administration ?
Une relance écrite, courtoise et précise est plus efficace qu’un appel sans trace. Demandez où en est la facture dans le circuit, et à qui vous adresser pour l’étape suivante.
Objet : Facture n° [N] du [date], marché / bon de commande n° [référence] Madame, Monsieur, Nous avons déposé le [date] la facture n° [N] d’un montant de [montant] FCFA, relative au [marché / bon de commande] n° [référence], avec le PV de réception signé le [date]. Pourriez-vous nous indiquer à quelle étape du circuit se trouve ce dossier, et si une pièce complémentaire est attendue de notre part ? Nous restons à votre disposition et vous remercions de votre attention. [Nom, fonction, téléphone]
Gardez une copie datée de chaque relance, avec cachet de réception quand elle est déposée en main propre.
Que faire à l’approche de la fin d’exercice ?
Le ministère des Finances relève que les décaissements se concentrent en fin d’exercice. Pour une PME, la conséquence pratique est simple : un dossier complet et déjà liquidé à ce moment-là a plus de chances de faire partie des paiements de fin d’année qu’un dossier encore bloqué à la première étape. Faites le point sur vos factures publiques plusieurs semaines avant la fin de l’année, et complétez ce qui manque.
Comment protéger votre trésorerie ?
- Chiffrez l’attente avant de signer. Un marché payé à 200 jours ne vaut pas la même chose qu’un marché payé à 60 jours. Le calculateur montre ce que coûte l’attente si vous la financez par découvert.
- Équilibrez votre portefeuille. Si les clients publics représentent une part importante de votre chiffre d’affaires, veillez à ce que les clients privés, eux, paient à l’heure : contrats solides, relances à date fixe.
- Ne laissez pas le retard public contaminer vos fournisseurs. Prévenez-les tôt et négociez des échéanciers plutôt que de payer en retard sans prévenir.
Faut-il refuser les marchés publics ?
Pas nécessairement. Un marché public apporte du volume et une référence. La question est de savoir si votre trésorerie peut porter l’attente sans mettre en danger le paiement de vos salaires et de vos fournisseurs. Si la réponse est non, plusieurs leviers existent avant de signer : négocier une avance au démarrage quand le marché le permet, répartir le travail en tranches facturables, ou limiter la part des clients publics dans votre chiffre d’affaires.
Exemple chiffré
Exemple fictif. Une entreprise de BTP exécute un marché public de 30 000 000 FCFA. Si la facture est payée à 200 jours au lieu de 60, ce sont 140 jours d’attente supplémentaires. Financés par un découvert à 14 % par an, ils coûtent environ 30 000 000 × 14 % × 140 ÷ 365 ≈ 1 611 000 FCFA. Si un dossier incomplet ajoute encore 30 jours, le coût augmente d’environ 345 000 FCFA.
Le chiffre compte moins que la méthode : estimer le coût de l’attente avant de s’engager, et ne pas l’allonger soi-même.
Sources
- Financial Afrik, « Cameroun : les retards de paiement dépassent 200 jours en 2025 », 26 février 2026
- Investir au Cameroun : à fin mars 2026, l’État cumule plus de 520 milliards de FCFA d’impayés auprès de ses prestataires
- Direction générale du Budget : loi n° 2018/012 du 11 juillet 2018 portant régime financier de l’État et des autres entités publiques (texte intégral)
Information générale, pas un conseil juridique. Une procédure relève d’un avocat ou d’un huissier.